Archives par étiquette : De vie à trépas

LA BOUTEILLE

PLANCHE I. La bouteille entre pour la première fois dans la famille. Le père invite la mère à en boire un verre.

PLANCHE II. Les habitudes d”ivrognerie du père l’ont fait chasser de tout emploi. Il met les vêtements de la famille en gage, et une partie du prêt sert à remplir la bouteille.

PLANCHE III. Les dettes se sont accumulées. Les marchands ont perdu patience : on saisit les meubles. Le père demande l’oubli de ses chagrins à la bouteille.

PLANCHE IV.Incapable de tout travail, repoussé partout, le père n’est plus d’aucun secours pour la famille. Sa femme et ses enfants sont réduits à la mendicité, et c’est avec les aumônes qu’il remplit la bouteille.

PLANCHE V. Le froid, la misère, la faim, font mourir le plus petit enfant. Le père cherche des consolations dans la bouteille ; il est ivre et triste. La mère, assise, se couvre le visage et pleure. La jeune fille pleure aussi près du petit cercueil. Son frère en haillons, près de la cheminée, parait souffrir de la faim.

PLANCHE VI. Ivre, furieux, le père brise les meubles et frappe la mère. Les enfants s’attachent à lui et le supplient pour arrêter ses coups. Une voisine, attirée par les cris, regarde avec effroi l’horrible scène.

PLANCHE VII. Un jour, le misérable a frappé sa femme avec la bouteille et l’a tuée. On l’arrête.

PLANCHE VIII. La bouteille a consommé son œuvre. Elle a tué le petit enfant et la mère; le père est devenu fou : le voilà pour toujours enfermé dans une maison d’aliénés. Les deux autres enfants sont tombés dans la misère et le vice.

[The Bottle, In eight plates, Price one shilling, by George Cruikshank. 1847.]

UNE OGRESSE

Dans la soupière était placée la tête.

Un crime horrible a été commis ces jours-ci, en Russie, dans le village de Subotswk, de la circonscription de Wilkomir. Une vieille villageoise a égorgé un enfant de trois ans, et dépecé son corps en menus morceaux. Puis elle en fit un mets et invita le père, la mère et quelques parents du pauvre petit à dîner chez elle.
Ceux-ci se rendirent dans la demeure de la vieille femme, y mangèrent avec plaisir ce que leur amie leur offrit.
Mais au dessert, une surprise horrible les attendait. La vieille apporta une soupière recouverte et dit à ses invités : 
« Voulez-vous savoir ce que vous avez mangé ? Regardez ! » 
Elle éclata de rire et souleva le couvercle. Dans la soupière était placée la tête exsangue de la petite victime.La scène qui suivit fut de celles qui ne peuvent se décrire.

[Les Faits-Divers Illustrés, N°121, 213 février 1908, source Gallica.]

LA FIANCÉE TRAGIQUE

Le Petit Journal illustré, 25 mars 1923.

À Lindau, sur les bords du lac de Constance, un mariage devait avoir lieu. Les fiancés et leurs familles se trouvaient réunis dans l’église. Mais, quand le prêtre posa la traditionnelle question à la jeune fille, celle-ci répondit : « Non ! J’aime mieux mourir ! » Puis, sortant un revolver de son corsage, elle se suicida.

LA PEINE DE MORT PAR L’ÉLECTRICITÉ

Les États-Unis attendent avec une extrême curiosité le résultat que fournira une récente et capitale invention, capitale est bien le mot juste, puisqu’il s’agit de l’appareil électrique qui, remplaçant les moyens grossiers usités jusqu’à ces derniers temps, servira à donner la peine de mort.
Voici comment s’écoutent les derniers moments du condamné, avec ce nouveau mode de supplice. 
On enlève les souliers du prisonnier et on leur substitue une paire de brodequins, ressemblant à ceux que portent les soldats. Dans chacune des semelles, une plaque de métal est insérée. Ces deux plaques communiquent avec des fils traversant les talons. Pendant qu’un des aides opère le changement de chaussures, un autre lie les mains de manière qu’elles demeurent devant la poitrine, puis, autour du corps, au-dessous des aisselles, il passe une solide courroie de cuir serrée sur le devant par une boucle et pourvue de chaque côté d’une agrafe.
Sur le sommet de la tête du patient, un troisième aide place une sorte de calotte en ébonite s’adaptant exactement à la forme du crâne et portant au centre un disque de métal. De l’intérieur de ce disque part un fil de cuivre élastique en spirale qui, pressant les régions occipitales, établit un contact parfait. Au moment de coiffer le condamné avec la calotte, on introduira entre les fils de la spirale une éponge imbibée d’eau salée. On sait, en effet, que les solutions salines conduisent bien l’électricité.
La calotte est solidement assujettie à la tête par une mentonnière et par une petite lanière qui joint les tempes.
La toilette achevée, le prisonnier est assis dans une chaise en bois solide, à dossier incliné.
En face de la chaise est placé une sorte de tabouret sur lequel les pieds du condamné s’appuieront. Dès que les pieds du sujet auront trouvé sur le siège leur position convenable, tout l’appareil sera solidement fixé.

Le Petit journal, Supplément du dimanche, 9 avril 1899

Le patient dûment installé sur la chaise, les pieds contre le tabouret, on attachera l’un des fils au disque métallique de la calotte, tandis que l’autre communiquera par les fils sortant des talons avec les semelles des brodequins. Ceci fait, un voile noir est jeté sur le visage du condamné.
Et, à un signal donné, l’exécuteur fera circuler le courant.
Il y a lieu de croire que si le courant est suffisamment en rapport avec la constitution physique du condamné, celui-ci ne ressentira rien.
En effet, pour qu’une sensation quelconque nous devienne perceptible, c’est-à-dire pour qu’elle arrive à nos centres nerveux, il faut qu’un temps relativement considérable s’écoule. Or, dans le cas qui nous occupe, on peut presque affirmer que le cerveau aura cessé de fonctionner bien avant que la sensation y soit arrivée, bien avant, par conséquent, que le condamné ait pu sentir le passage du courant à travers son corps.

[Almanach du Voleur illustré, 1890.]