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LE TOUR DU MONDE EN BICYCLETTE

DE SAINT-PETERSBOURG A PARIS EN VÉLOCIPEDE. Un épisode du voyage du lieutenant MARTOS.

Le vélocipède deviendra bientôt le courrier à mode. Les exploits de toutes sortes accomplis sur la bicyclette ne nous étonnent plus guère ; pourtant l’un des derniers dont il soit fait mention mérite d’attirer la curiosité. Il s’agit ici d’un voyage accompli par un jeune lieutenant de l’armée impériale russe, à peine âgé de vingt-deux ans, qui a parcouru la distance de St-Pétersbourg à Paris en trente jours, soit à une vitesse d’environ quatre-vingts kilomètres par jour.
Le lieutenant Martos n’a eu que peu d’aventures sur sa route : les chiens furent ses pires ennemis ; et deux fois en Allemagne, à Gerfeld et à Witten, il dut user du couteau pour s’en débarrasser. Après avoir visité Paris, Londres et l’Écosse, le lieutenant Martos retournera en Russie par le même moyen de locomotion.
C’est un grand jeune homme, blond et mince, mais doué d’une force musculaire peu commune : ses jambes sont, paraît-il, aussi dures qu’une barre de fer.

D’après les observations faites, les bicycles mettent en moyenne sept heures dix-neuf minutes, et les tricycles sept heures cinquante-huit minutes, pour parcourir en bon chemin ordinaire une distance de 160 kilomètres en mesures françaises.
Mais cette rapidité peut être considérablement dépassée.
Une telle vitesse, unie à la légèreté du vélocipède, fait de cet instrument une sorte de petit chemin de fer individuel et portatif, précieux dans toutes les occasions où la rapidité de communication est essentielle.
De là son application à la guerre.
Mais l’usage du vélocipède a été étendu à bien d’autres services.
Dans plusieurs villes de Suisse, d’Allemagne et d’Angleterre, les commissionnaires, munis de petits tricycles, transportent pour le compte des commerçants les marchandises qui ne sont ni trop lourdes ni trop encombrantes.
À Londres, on a tenté une application bien plus originale : l’officier central de police a formé des escouades d’agents montés sur des bicycles.

Ce qui fait du vélocipède un instrument de locomotion unique, c’est son individualisme, c’est que celui qui le monte n’a besoin de rien ni de personne, qu’il emporte avec lui sa force motrice dans ses jambes.
Comment, par exemple, s’il lui avait fallu s’embarrasser d’un instrument encombrant, un Américain, M. Stevens, eût-il accompli le tour de force qu’il a récemment effectué ?
M. Stevens a tout simplement fait le tour du monde sur un modeste bicycle.
Muni pour tout bagage d’une petite valise et d’un revolver, il a traversé la France, l’Allemagne et la Hongrie, puis Constantinople, Erzeroum, Téhéran, l’Afghanistan et l’Inde, pour finir son voyage par la Chine.
Dame ! ce n’a pas été sans périls ni fatigues, et le voyageur n’a pas toujours couché dans un bon lit. Plus d’une fois, il a dû passer la nuit roulé dans sa couverture, sur le sol, à côté de son « cheval de fer ». Sans compter que les populations visitées n’accueillaient pas toujours galamment cet étrange cavalier. Au Japon, cela allait encore : les paysans avaient entendu parler du vélocipède par les nombreux Japonais élevés en France et ne s’étonnaient pas trop. Mais, en Chine, il fut souvent accueilli à coups de pierres par les indigènes, qui le prenaient pour un mauvais esprit.

M. Stevens est pourtant parvenu au bout de son entreprise, et il a aussi prouvé que le vélocipède pouvait passer partout. Il mentionne même ce fait curieux que la route est facile au cœur même de l’Asie, parce que les chemins y sont aplanis et durcis par les pieds des chameaux. C’est ainsi qu’il a pu faire plusieurs fois dans sa journée plus de 100 kilomètres.
Une vitesse fort présentable quand il s’agit de centres à peu près barbares, où le chemin de fer n’a pas pénétré.
Qui sait si le vélocipède n’est pas appelé à jouer un rôle important dans les grandes explorations terrestres, et s’il ne deviendra pas l’instrument de la conquête des continents inconnus ?

[Le Grand almanach de la famille chrétienne, 1892, source Gallica. Illustration de M. Stevens extraite de Around the world on a bicycle, tome 1 : “From San Francisco to Teheran”, 1887.]

LE NOUVEAU PHONOGRAPHE EDISON

Exposition universelle. Edison parlant dans son phonographe exposé à la galerie des machines.

C’est le 23 avril 1890 que le phonographe perfectionné d’Edison a été présenté à l’Académie des sciences, par M Janssen.
C’est d’une façon purement accidentelle qu’Edison a réalisé cette admirable invention. Il cherchait à construire une machine destinée à répéter des caractères Morse enregistrés sur une bande de papier à l’aide d’encoches qui transmettaient le message à un autre appareil, en passant sous une pointe traçante attachée à un manipulateur.
En faisant marcher cette machine, il s’aperçut que lorsque le cylindre portant le papier se déroulait avec grande rapidité, il donnait lieu à un bruit confus, mais musical et rythmé. Ce son singulier produit par le passage précipité des reliefs et des creux sous un organe métallique ressemblait au bruit des paroles qu’on entend d’une façon confuse, sans pouvoir suivre la conversation, parce que les mots ne se distinguent pas avec une netteté suffisante.
On sait que le premier phonographe fut inventé au printemps de 1877, mais les premiers modèles étaient de grosses et lourdes machines, où l’on avait sacrifié la netteté d’articulation dans le but d’obtenir une émission robuste susceptible de remplir un vaste amphithéâtre lorsqu’on faisait passer la voix reproduite par un récepteur ayant la forme d’un tube. On se servait d’une feuille d’étain pour recevoir les reliefs.
Dans le nouveau phonographe, on a renoncé à la feuille d’étain et on a employé la cire. L’enregistrement de la parole a lieu à l’aide d’une petite pointe traçante prenant sur la cire et poussée par les vibrations d’un diaphragme enregistreur. Ces vibrations donnent lieu à des lignes très fines, presque invisibles à l’œil nu. Elles sont reproduites par un diaphragme reproducteur qu’on fait passer à la place du premier à l’aide d’un mécanisme très simple. La voix s’entend en plaçant l’oreille à l’extrémité du tube. On peut même l’entendre sans se servir du tube et en se plaçant tout près de la cire.
Un cylindre de cire peut servir pour des milliers de reproductions successives, sans que la netteté de la voix émise soit altérée d’une façon appréciable, et pourra reproduire, à un prix très bas, un nombre quelconque de copies de cylindres, après que de la musique, des paroles ou des sons quelconques y ont été gravés.
Parmi les innombrables applications du phonographe tel qu’il existe aujourd’hui, on peut citer les suivantes :
Dicter des lettres et toute espèce de compositions littéraires sans avoir besoin d’un sténographe ;
Publications de livres phonographiques, que des aveugles pourraient comprendre sans aucun effort de leur part ;
Enseignement de l’éloquence en faisant entendre les paroles exprimant les sentiments les plus divers avec un art et une vérité irréprochables ;
Reproduction, avec tout le charme d’une harmonie parfaite, de la musique instrumentale et du chant des grands artistes ;
Constitution des archives de la famille par la conservation des phrases ou des avis remarquables de ses divers membres, et surtout des dernières paroles des mourants ;
Conservation du beau langage par la reproduction exacte de la prononciation normale des articulations difficiles.
Les tubes de cire peuvent être envoyés par la poste dans de petites boîtes construites dans ce but et placés, lorsqu’ils sont arrivés à destination, sur un autre phonographe, où on reproduira les sons devant la personne à laquelle la correspondance est destinée.
Pour répondre à l’objection faite dans le cas où le destinataire de la lettre n’a pas de phonographe, on pourrait établir dans les bureaux de poste des facultatifs phonographes publics, où chacun arriverait avec ses phonogrammes que l’on débiterait pour un prix très modique.

[Almanach du voleur illustré, 1890.]

LA PEINE DE MORT PAR L’ÉLECTRICITÉ

Les États-Unis attendent avec une extrême curiosité le résultat que fournira une récente et capitale invention, capitale est bien le mot juste, puisqu’il s’agit de l’appareil électrique qui, remplaçant les moyens grossiers usités jusqu’à ces derniers temps, servira à donner la peine de mort.
Voici comment s’écoutent les derniers moments du condamné, avec ce nouveau mode de supplice. 
On enlève les souliers du prisonnier et on leur substitue une paire de brodequins, ressemblant à ceux que portent les soldats. Dans chacune des semelles, une plaque de métal est insérée. Ces deux plaques communiquent avec des fils traversant les talons. Pendant qu’un des aides opère le changement de chaussures, un autre lie les mains de manière qu’elles demeurent devant la poitrine, puis, autour du corps, au-dessous des aisselles, il passe une solide courroie de cuir serrée sur le devant par une boucle et pourvue de chaque côté d’une agrafe.
Sur le sommet de la tête du patient, un troisième aide place une sorte de calotte en ébonite s’adaptant exactement à la forme du crâne et portant au centre un disque de métal. De l’intérieur de ce disque part un fil de cuivre élastique en spirale qui, pressant les régions occipitales, établit un contact parfait. Au moment de coiffer le condamné avec la calotte, on introduira entre les fils de la spirale une éponge imbibée d’eau salée. On sait, en effet, que les solutions salines conduisent bien l’électricité.
La calotte est solidement assujettie à la tête par une mentonnière et par une petite lanière qui joint les tempes.
La toilette achevée, le prisonnier est assis dans une chaise en bois solide, à dossier incliné.
En face de la chaise est placé une sorte de tabouret sur lequel les pieds du condamné s’appuieront. Dès que les pieds du sujet auront trouvé sur le siège leur position convenable, tout l’appareil sera solidement fixé.

Le Petit journal, Supplément du dimanche, 9 avril 1899

Le patient dûment installé sur la chaise, les pieds contre le tabouret, on attachera l’un des fils au disque métallique de la calotte, tandis que l’autre communiquera par les fils sortant des talons avec les semelles des brodequins. Ceci fait, un voile noir est jeté sur le visage du condamné.
Et, à un signal donné, l’exécuteur fera circuler le courant.
Il y a lieu de croire que si le courant est suffisamment en rapport avec la constitution physique du condamné, celui-ci ne ressentira rien.
En effet, pour qu’une sensation quelconque nous devienne perceptible, c’est-à-dire pour qu’elle arrive à nos centres nerveux, il faut qu’un temps relativement considérable s’écoule. Or, dans le cas qui nous occupe, on peut presque affirmer que le cerveau aura cessé de fonctionner bien avant que la sensation y soit arrivée, bien avant, par conséquent, que le condamné ait pu sentir le passage du courant à travers son corps.

[Almanach du Voleur illustré, 1890.]