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LE DIABLE DE PAPEFIGUIÉRE

Charles Eisen, Le Diable de Papefiguière, illustration du conte en vers « Le Diable de Papefiguière » de Jean de La Fontaine, 1762. (Version « dénudée »)

En 1674, La Fontaine fait paraître sous son nom, mais sans privilège ni permission, les Nouveaux Contes, recueil licencieux qui lui attire les foudres des censeurs. Dix ans plus tard, afin d’entrer à l’Académie française, il lui faut promettre d’« être sage », selon le mot de Louis XIV, qui s’était opposé à son élection l’année précédente. En 1693, alors qu’il est gravement malade et se croit à l’article de la mort, son confesseur, l’abbé Pouget, lui fait détruire une comédie qu’il était en train d’écrire et exige qu’il renie publiquement ses écrits devant une délégation de l’Académie.

« Monsieur, j’ai prié Messieurs de l’Académie française, dont j’ai l’honneur d’être un des membres, de se trouver ici par députés pour être les témoins de l’action que je vais faire. Il est d’une notoriété qui n’est que trop publique que j’ai eu le malheur de composer un livre de Contes infâmes. En le composant, je n’ai pas cru que ce fût un ouvrage aussi pernicieux qu’il est. On m’a sur cela ouvert les yeux, et je conviens que c’est un livre abominable. Je suis très fâché de l’avoir écrit et publié. J’en demande pardon à Dieu, à l’Église, à vous, Monsieur, qui êtes son ministre, à vous, Messieurs de l’Académie, et à tous ceux qui sont ici présents. Je voudrais que cet ouvrage ne fût jamais sorti de ma plume et qu’il fût en mon pouvoir de le supprimer entièrement. Je promets solennellement en présence de mon Dieu que je vais avoir l’honneur de recevoir, quoique indigne, que je ne contribuerai jamais à son débit ni à son impression. Je renonce actuellement et pour toujours au profit qui devait me revenir d’une nouvelle édition par moi retouchée, que j’ai malheureusement consenti que l’on fit actuellement en Hollande. Si Dieu me rend la santé, j’espère qu’il me fera la grâce de soutenir authentiquement la protestation publique que je fais aujourd’hui, et je suis résolu à passer le reste de mes jours dans les exercices de la pénitence, autant que mes forces corporelles pourront me le permettre, et de n’employer le talent de la poésie qu’à la composition d’ouvrages de piété. Je vous supplie, Messieurs, de rendre compte à l’Académie de ce dont vous venez d’être les témoins. »

Version “couverte”.